Dans les stéréotypes amoureux véhiculés par plus d'une bluette hollywoodienne et même dans _Zora la rousse_ (toute mon enfance), les femmes sont dynamiques, belles et sûres d'elles. Elles aiment les hommes avec du répondant, qui bien que revêchent à cette déesse un peu trop adjudant, finissent toujours par craqués pour elles...et vice versa. Je m'attendais donc à vivre ça dans le réel. Comme beaucoup de mes amies. Quelles ne fut pas notre hébétude, quand nous vîmes les hommes visés, avec lesquels nous rêvions de joutes verbales et de beaux corps à corps, fuirent ou baisser la tête comme vexés.

Ce modèle-là, rêvons-le, mais abandonnons-le...

Ses messieurs sont pour la plupart si pudiques et si incertains d'eux-mêmes que ce modèle féminin bien réel dans la vraie vie...les séduit peut-être dans leur fantasme mais leur fiche la trouille et les fait fuir. Depuis des siècles, sommer de jouer les pater familias et souvent sans doute taraudés par la peur de ne pas être à la hauteur, bien des hommes ont subis autant que profités de la position sociale et du masque imposé échus à leur sexe dès la naissance.

homme de

Molinaro, lui, aborde en 2003, (dans _un homme par hasard_ diffusé ce soir sur NT1), la réalité de cette femme bien obligée d'en passer par la femme fragile pour séduire l'homme qu'elle aime et ne pas trop l'intimider. Elle n'en aurait rien compris bien sûr si l'ami du héros ne lui expliquait déjà comment séduire un homme qu'on aime quand on est une femme si "offensive". Et si elle doit jouer et en passer par là, elle le fera : Claire Keim séduira Frédéric Diefenthal.

Certains crient au scandal devant, parait-il, la bêtise de l'intrigue, allergiques sans doute aux sentiments ouvertement montrés - chose qui choque tant le cerveau émotionnel de ces hommes qui ont si peur de leurs propres émotions et ne pouvoir les contrôler ...Les films où les femmes manoeuvrent pour attirer leur adonis ne manquent pas mais peu de films expliquent si bien la ronde de la femme moderne et de l'homme en mal d'assurance.

Si j'avais lu Alon Gratch plus tôt, si j'avais vu ce film aussi...peut-être aurais-je mieux compris certains hommes croisés. Maintenant même si Gratch guérit du mépris, serais-je prête à me faire artificiellement fragile pour sauver la face masculine d'un homme qui m'attire ? Je croyais qu'ils comprendraient, évidemment que nous sommes fragiles autant que fortes, mais eux aussi sans doute...Pourquoi ne nous voient-ils pas ?

La situation ne manque pas de piment et sans doute un tel homme serait touchant, mais comment faire ? La compétition et la séduction social manquent sans doute de cette sincérité, nécessitent de ces stratégies si complexes que je ne me sens guère capable de jouer à ce jeu. Ce fameux jeu du chat et de la souris prend tout son sens finalemement puisque la souris qui est le chat doit être conforté dans son imposture de survie :

- oui, tu es bien l'homme, tu es le chat (mais je ne t'en assure que parce qu'en fait tu es la souris)...manque de chance, le vrai chat - ici la femme sûre d'elle - doit accepter de jouer la souris pour ne pas effrayer la vraie souris qui a besoin de se croire chat. EN gros, vous êtes une formule un mais par amour ou espoir d'amour, vous roulerez au pas...

Mais le moteur finira tôt ou tard à vrombir, à s'agacer de cette lente hâte, de ce train retenu. "Donnez moi patience" disait je ne sais quel personnage dans je ne sais quel film ou livre...Ah oui, sans doute Béatrice dans _Beaucoup de bruit pour rien_ de Shakespear. Je doute réellement de pouvoir parvenir à être si patiente, même si je comprends maintenant à quel point "l'homme est un femme/un humain comme les autres" et l'aime encore sans doute bien davantage juste pour ça.

To be continued